Contact tracing Covid-19 : les binômes de l'ARS opérationnels pour freiner l'épidémie

Actualité
Date de publication
Visuel
Depuis le 11 mai dernier, dans le cadre des mesures liées au déconfinement et notamment celle liée à la stratégie nationale « tester, tracer et isoler », les équipes de l’ARS et de Santé Publique France sont doublement mobilisées pour participer au dispositif de contact tracing.
Corps de texte

Les ressources internes liées à la gestion de crise ont été réorganisées et renforcées pour détecter et enquêter sur les cas contacts lorsqu’un patient est avéré positif au coronavirus. Une mobilisation inscrite dans le cadre du niveau 3 de la stratégie nationale.

Limiter les chaînes de transmission du virus et la survenue de cas groupés de Covid-19 dans les territoires : c’est bien l’objectif de ce contact tracing à grande échelle. Si les agents de l’ARS ne sont impliqués que dans le troisième niveau du dispositif, il convient de rappeler l’ensemble de la stratégie.  

Un contact tracing organisé en trois niveaux

Dès lors qu’une personne est déclarée comme porteuse du Covid-19, un travail d’identification des cas contact de cette personne est engagé et assuré à trois niveaux :

  • les professionnels de santé de ville, mobilisés en première ligne pour l’identification des cas contact dans la cellule familiale, mais également les établissements de santé ;
  • l'Assurance maladie, dont les équipes assurent la recherche des cas contact dans la cellule familiale, si le médecin n’a pas pu le faire, et au-delà ;
  • l’ARS Bretagne pour la gestion des chaînes de contamination complexes : patients testés positifs résidant dans des foyers, établissements médico-sociaux, écoles, débuts de cas groupés etc.

C’est pour ce 3e niveau qu’interviennent les binômes de l’ARS et de Santé Publique France.

Comme l’explique Nathalie Le Formal, directrice de la santé publique à l’ARS Bretagne : « Ces binômes ont un rôle d’appui à la gestion des situations signalées à l’ARS, ils sont surtout en charge des investigations plus complexes, des investigations épidémiologiques de terrain et de la détection des chaînes de transmission et des clusters ».

Effectivement, après avoir identifié les personnes qualifiées de « contact à risque » au sein de la collectivité concernée, les binômes les signalent à la CPAM qui va les enregister, les rappeler, générer l’arrêt de travail nécessaire pendant la quatorzaine. « Il est essentiel qu’elles passent un test de dépistage et nos équipes suivent les résultats, l’avancée des dossiers et poursuivent les investigations jusqu’à la clôture du dossier. Le suivi de l’isolement sera ensuite assuré par une plateforme dédiée ».

Près d'une trentaine d'agents ARS mobilisés

Le dispositif est mis en place 7 jours sur 7, de 8h30 à 19H. Il a effectivement fallu moduler les équipes pour pouvoir faire face à un nombre variable de situations. L’inquiétude sur le terrain génère de nombreux signalements de cas suspects ou d’un premier cas confirmé et les équipes sont tout de suite en accompagnement pour que la situation soit maîtrisée et que la coordination des opérations soit réactive.

Cette organisation mobilise 9 binômes au siège qui tournent pour garantir 3 binômes 7 jours sur 7, et en délégations départementales ; 8 personnes en renfort afin de pouvoir armer des équipes d’investigation épidémiologique sur site. En effet, si la conduite des investigations sanitaires et épidémiologiques relève de la VSS et de SPF, le pilotage d’une situation complexe ou de cas groupés et ses interfaces avec les autorités préfectorales est assuré par la Délégation départementale.

Ces équipes sont composées de soignants et de non soignants, d’agents ARS, de Santé publique France et de la réserve sanitaire : médecins, infirmiers, formés aux métiers de la veille sanitaire.

Un accompagnement indispensable à la réussite du dispositif

Pour sécuriser les pratiques, après avoir été formées, les équipes sont encadrées par quatre superviseurs. Parmi eux, Yvonnick Guillois, ingénieur épidémiologiste de Santé publique France, explique leurs missions : « Nous répartissons les investigations entre les binômes, nous leur offrons un appui méthodologique, nous veillons aussi à la tracabilité de ce qui est fait pour finalement effectuer un reporting auprès de la directrice de la santé publique. »

Effectuer ce contact tracing à grande échelle n’est, cependant, pas sans difficultés explique Aurélie Pétureau, interne en santé publique et médecine sociale et stagiaire à l’ARS : « Déjà, l’appréciation n’est pas évidente. Il y a une réelle différence entre tous les cas de figure théoriques que l’on nous enseigne et la pratique. Il y a des situations plus complexes qui nécessitent parfois plus de temps que prévu. A Kermené, par exemple, nous sommes face à une population vulnérable. Beaucoup de Roumains y travaillent.  Maîtrisant mal le français, ils ne comprennent pas les consignes. Cela peut complexifier notre travail. »

Cette vision est également partagée par Yvonnick Guillois : « Quand il y a un cluster avec de nombreuses personnes positives au covid-19, comme c’est par exemple le cas à l’usine de Kermené, qui a été particulièrement médiatisée, il y a beaucoup d’investigations à mener, d’interrogations, de sollicitations des décideurs, etc.  Il  faut pouvoir être très réactif avec des moyens limités. »

Zoom sur les équipes mobiles de réponse rapide multidisciplinaire : une intervention complémentaire au contact tracing

En complément des équipes de contact tracing, les équipes mobiles de réponse rapide interviennent sur le terrain, aux côtés des cas contacts et des professionnels de santé. Multidisciplinaires, elles sont constituées d’un cadre ARS superviseur (qui peut être un médecin s’il est formé à la gestion de crise), d’un médecin coordinateur (exerçant à l’ARS ou à l’hôpital, en libéral, après des pompiers, etc.), d’un infirmier, d’une équipe de techniciens de laboratoire et d’un binôme d’agents investigateurs composé d’un médecin et d’un cadre administratif d’une délégation départementale.

Frédéric Spinelli, médecin à la DD 22, fait partie de ces binômes. Il nous explique l’étendue de ses missions : « Je crée du lien avec les acteurs du terrain (médicaux ou non). Je les aide à résoudre leurs difficultés, s’ils en ont et les met en contact avec d’autres acteurs, lorsqu’ils ont besoin de se parler. Pour les personnes symptomatiques de la maladie, c’est aussi leur apporter une délivrance de conduite à tenir individuelle. Nous pouvons également être amenés à recueillir et restituer des informations utiles pour la continuité nécessaire en post-opération, notamment pour le contact tracing. Nous intervenons vraiment en complément des équipes de contact tracing. »

L’intérêt de ce binôme est ainsi de pouvoir agir sur le terrain, au plus proche des professionnels, pour permettre la mise en œuvre d’investigations sanitaires dans un délais contraint.

Exemple de tracing dans une école :

Un enfant de 8 ans présente des symtômes révélateurs du Covid. Ses parents le font consulter son médecin qui lui prescrit un test PCR. Le test est positif et le médecin l’enregistre dans l’application contact covid. Il recense les contacts à risque au sein du foyer : les deux parents et deux frères et soeurs. Il est demandé à la famille de se confiner 14 jours.

L’Assurance maladie fait un contact tracing hors foyer et identifie que l’enfant est scolarisé dans une école d’Ille-et-Vilaine. C’est à ce moment que l’ARS intervient car l’école est une collectivité.

L’investigation de l’ARS en lien avec la médecine scolaire porte sur  les conditions d’accueil de l’enfant à l’école  : port du masque, partage d’une même classe, temps de récréation, temps périscolaire, etc.. Il s’avère que la maîtresse portait en permanence un masque, elle n’est donc pas contact à risque. En revanche, les 6 autres enfants qui partageaient le même groupe classe sans masque sont identifiés personnes contact à risque.

3 autres enfants ayant partagé des activités à moins d’un mètre dans un cadre périscolaire sont également identifiés comme contacts à risque.

Le dépistage de l’ensemble des personnes identifiées comme contact est organisé dans la journée en lien avec un laboratoire de ville. L’ARS réceptionne les résultats le lendemain, l’ensemble des tests sont négatifs. L’ensemble des personnes identifiées comme contact, dont les enfants, resteront néanmoins à leur domicile pendant 14 jours dans l’hypothèse où ils développeraient le COVID-19 ultérieurement.

Les enfants des autres classes et les enseignants pourront quant à eux continuer à venir à l’école.