Coronavirus : Stéphane Mulliez, Directeur général de l'ARS Bretagne, précise les nouveaux enjeux

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Alors que les pouvoirs publics viennent d’officialiser le passage au stade 3 de l’épidémie liée au Covid-19, Stéphane Mulliez, Directeur général de l’ARS Bretagne a dressé, ce mercredi 18 mars, un point de situation complet.
Un entretien auquel ont pris part les deux principaux titres de la presse écrite régionale : ouest-france et le télégramme.
Corps de texte

Vous communiquez quotidiennement un bilan chiffré sur le nombre de cas. Toutefois, sur le terrain, il semblerait que les prélèvements ne soient plus automatiques ?

“Nos bulletins quotidiens détaillent les cas confirmés. Mais ils ne représentent pas la totalité des cas. Non seulement parce qu’il existe des cas asymptomatiques mais aussi parce la stratégie a évolué ; il s’agit désormais de dépister des situations plus particulières. Ainsi, les prélèvements sont priorisés par exemple pour les patients hospitalisés, les résidents des établissements pour personnes âgées dépendantes, les professionnels de santé, les femmes enceintes…
Notre préoccupation n’est plus de diagnostiquer tous les cas, mais bien de faire en sorte que le système de santé puisse répondre à la demande de soins à venir.”

Comment et avec qui travaillez-vous pour gérer cette crise sanitaire ?

“Avec l’ensemble des professionnels de santé, établissements, professionnels de ville… Nous travaillons avec les médecins libéraux dans les territoires pour construire une organisation efficace et pérenne pour prendre en charge les cas dont l’état de santé ne présentent pas de gravité. Cette prise en charge pouvant se faire soit en cabinet, soit à distance avec les services de télémédecine. Il en de même avec les établissements de santé où c’est une véritable filière de soins que nous organisons pour prendre dès à présent les patients qui nécessitent d’être hospitalisés et développer les capacités de réanimation pour faire face au pic épidémique à venir.”

“Il nous faut mobiliser toutes les ressources nécessaires”

Les capacités régionales en réanimation permettront-elles de faire face ?

“C’est l’un des enjeux. Actuellement, la Bretagne peut compter sur 164 lits de réanimation. Nous travaillons avec les établissements, y compris les privés pour déployer jusqu’à 200 places supplémentaires. Dans ce cadre, il nous faut mobiliser toutes les ressources nécessaires : du personnel soignant, mais aussi des moyens techniques ; des respirateurs par exemple...”

Les moyens techniques, ce sont aussi les masques…

“Ils sont le bien le plus précieux de nos soignants. Ces deux dernières semaines, à deux reprises, les six établissements habilités à prendre en charge des patients atteints du nouveau coronavirus ont reçu chacun 32 000 masques. Une nouvelle livraison est attendue pour cette fin de semaine dans les mêmes quantités. Pour les professionnels libéraux, dès aujourd’hui, mercredi 18 mars, ceux du département du Morbihan vont être pouvoir s’approvisionner auprès des pharmacies d’officine et pour les autres départements, dès demain. La doctrine est très claire pour la distribution de masques. Là aussi, j’appelle au civisme des Bretons. Le port de masque est inutile pour les personnes qui ne présentent pas de symptômes et qui ne sont pas en contact avec des malades.”

“Les soignants font preuve d’un grand esprit de responsabilité et de solidarité”

Vous évoquiez les soignants, quel est l’état des équipes à ce jour ?

“Tous les jours, nous sommes en lien permanent avec les établissements et les professionnels libéraux. Je vois des professionnels très concentrés, soucieux de se préparer au mieux. Tous font preuve d’un grand esprit de responsabilité et de solidarité que je tiens à saluer. J’observe des entraides entre différents territoires, de la coordination entre établissements publics et privés, entre professionnels hospitaliers et médecins de ville…
Aussi, l’appel à la mobilisation des personnels soignants complémentaires est lancé à travers "la réserve sanitaire". Elle concerne les jeunes médecins retraités de moins de cinq ans et les jeunes diplômés pas encore installés.”

Les mesures de confinement mise en œuvre sur l’ensemble du territoire constituent un allier de poids dans la lutte contre l’épidémie ?

“Bien entendu. Des dispositions semblables ont été prises sur le Morbihan depuis une quinzaine de jours. Nous n’avons pas stoppé l’épidémie, mais le nombre de cas n’a pas “explosé” comme dans d’autres foyers de circulation active du territoire français. Ces mesures sont tout simplement indispensables.”

A quand le pic épidémique ?

“Le pic épidémique, c’est le moment où le nombre de cas va commencer à décroître mais on ne peut pas savoir exactement à quelle date ça va arriver. C’est difficile à prédire. Nous avons 8 à 10 jours de décalage par rapport à l’Italie. Ce que l’on sait, c’est que nous allons connaitre une forte augmentation de cas confirmés dans quelques jours. Et avec tous les professionnels de santé, nous nous nous y préparons.”

“Je peux vous assurer de la pleine mobilisation des personnels de l’ARS Bretagne et de ceux de Santé publique France”.

Un mot sur les autorités ?

“Je peux vous assurer de la pleine mobilisation des personnels de l’ARS Bretagne et de ceux de Santé publique France. Je tiens aussi à souligner la forte coordination quotidienne entre les différents services de l’Etat : l’ARS, les Préfectures et le Rectorat notamment ! L’esprit breton de coopération et d’équipe entre tous nos services joue en faveur de cette gestion de crise sanitaire d’ampleur et sans précédent.”