Progression du Covid-19 en Bretagne : les autorités de santé restent vigilantes

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Depuis le 10 juillet 2020, une augmentation rapide et régulière du nombre de cas testés positif au Covid-19 s’observe en Bretagne, notamment dans le département du Finistère. Si la situation n’est pour l’instant pas alarmante, elle retient toute l’attention et la vigilance de l’ARS Bretagne.
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Michèle Kirry, préfète de la région Bretagne et Anne-Briac Bili, directrice de cabinet de l’ARS Bretagne, reviennent sur les évolutions et les interrogations de ces derniers jours.

Propos introductifs

Michèle Kirry, Préfète de la région Bretagne :

En Bretagne, depuis le 10 juillet, nous assistons chaque semaine à une augmentation assez sensible du nombre de cas testés positifs : 110 nouveaux cas positifs ont été reportés entre le 10 et le 15 juillet, 123 entre le 15 et le 17 juillet et 143 entre le 17 et le 20 juillet, l’augmentation la plus importante se situant dans le Finistère. Cette date du 10 juillet nous interroge, car le déconfinement a eu lieu le 11 mai. Cela signifie que cette augmentation significative n’est pas liée au déconfinement en lui-même, mais coïncide très précisément avec le début des vacances scolaires. Ces dernières conduisent, en effet, à un brassage des populations particulièrement important, à des rencontres, des évènement privés et correspondent aussi à un relâchement des gestes barrières.

Nous savions qu’il y aurait un effet mécanique du déconfinement, menant à une augmentation sensible du nombre de cas sur tout le territoire, cela n’est pas propre à la Bretagne. Si nous avons la preuve que le virus circule toujours, la situation n’est pour l’instant pas alarmante, tant du côté du nombre de places disponibles en réanimation, que du côté du nombre de places d’hospitalisation.

Anne-Briac Bili, directrice de Cabinet à l’ARS Bretagne :

Les données d’hospitalisation restent stables. C’est un indicateur que nous suivons donc quotidiennement : nous avons toujours 3 cas admis au service de réanimation et les données « autres modes d’hospitalisation » sont stables. Par ailleurs, les retours à domicile sont toujours réguliers et quotidiens.

La situation n’est pas alarmante, l’objectif est d’être ni faussement rassurant, ni faussement inquiétant, mais d’être vigilant. Nous suivons l’évolution de la situation, notamment auprès des situations complexes, appelés clusters. Depuis le vendredi 17 juillet, nous observons trois clusters dans les Côtes d’Armor et huit dans le Finistère. Cela confirme cette incidence forte dans ce département. Aucun cluster n’est pour le moment à déclarer dans le Morbihan et en Ille-et-Vilaine. Les types de clusters sont assez variés, il n’y a pas une situation type. En revanche, nous constatons beaucoup de cas groupés liés à des rassemblements privés. Il est très important de voir cette situation comme un signal nous rappelant de rester vigilants. Le virus circule toujours, et ce uniquement par l’intermédiaire des personnes. Il faut donc appliquer les gestes barrières quotidiennement et de manière plus forte.

Quels sont les clusters présents dans le Finistère ?

AB : Il y a dans le Finistère huit clusters : deux clusters familiaux, deux clusters liés à des événements privés rassemblant des populations importantes, un établissement administratif, une collectivité, une entreprise privée et un établissement de santé.

Comment maitrisez-vous le cluster dû au rassemblement de 200 personnes dans le Finistère ?

AB : Nous effectuons un contact tracing auprès de la personne testée positive en lui demandant la liste de ses contacts à risque, c’est-à-dire les personnes avec qui elle a été en contact plus de 15 minutes, à moins d’un mètre et sans masque.  Nous avons demandé à l’organisateur de rappeler à l’ensemble des personnes présentes au rassemblement, qui n’ont pas toutes été en contact avec cette personne, la vigilance à observer en cas de symptômes. L’objet de ce contact tracing est d’isoler tous les cas contacts à risque.

Avez-vous pu comparer la Bretagne aux autres zones touristiques françaises (Côtes d’Azur, Nouvelle Aquitaine…) ? La situation est-elle plus grave en Bretagne ?

AB : Le Finistère a été classé par Santé Publique France en zone orange (« vigilance »), tout comme la Gironde. La Mayenne, Guyane et Mayotte sont en zone rouge. Nous voyons bien que toute la façade atlantique observe une augmentation du nombre de cas testés positifs au Covid-19. En revanche, il faut aussi souligner que la Bretagne ou la Nouvelle Aquitaine étaient des zones peu touchées. Quand il y a une augmentation du nombre de cas confirmés et que nous partons d’une situation basse en terme de nombre de cas, l’alerte est d’autant plus visible.

Il y a-t-il une explication quant à ce fort taux d’incidence dans le Finistère ?

AB : Il est impossible de trouver le cas index, à l’origine du virus. A l’heure actuelle aucun épidémiologiste ne peut dire pourquoi un département peut être plus touché qu’un autre.

Le tourisme a-t-il eu une incidence sur l’augmentation du nombre de cas ?

MK : Nous pouvons dire avec certitude que l’augmentation du nombre de cas positifs n’est pas due à la venue de personnes extérieures à la Bretagne. Le virus ne nous est pas apporté de l’extérieur, mais est lié à la période estivale qui donne lieu à des brassages de population plus importants et à des événements privés. Il y a également des personnes identifiées comme cas contact d’un nouveau cas positif qui ne respectent pas toujours l’isolement. Il est sans doute plus difficile de respecter la quatorzaine aujourd’hui en pleine période estivale, que pendant les mois de confinement.

Faudrait-il interdire ces rassemblements privés ?

MK : La règle de l’interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes dans l’espace public demeure, mais reste difficile à faire respecter. L’objectif est que les messages de santé publique soient appliqués. C’est très difficile à intégrer que l’on court aussi un risque en fêtant son anniversaire avec une quinzaine d’amis à la maison. On se croit beaucoup plus protégé quand on est chez soi. En réalité, le risque est aussi important que lorsque nous nous déplaçons dans un lieu public clos.

Votre discours est-il différent de celui de vendredi, lorsque vous disiez que l’augmentation du nombre de cas positifs était principalement due à l’augmentation du nombre de tests effectués ?

AB : Le discours de vendredi mentionnait bien les deux raisons : à la fois des situations identifiées dues au relâchement, aux rassemblements privés… et le fait que l’on ait fait ces dix derniers jours un quart de nos tests réalisés depuis le début du mois de mai. La convergence de ces deux phénomènes mène ainsi à une augmentation des cas confirmés, même chez des personnes totalement asymptomatiques. C’est toute la difficulté de ce virus. 

Combien de personnes ont été testées ?

MK : Depuis la mise en place de cette campagne de dépistage massif, chaque département avait un objectif fixé par le niveau national. Dès le début, nous faisons plus de dépistage que les objectifs qui nous ont été assignés. Depuis le 4 mai 2020, 92 852 tests PCR ont été réalisés en Bretagne, dont 19 345 sur la dernière semaine, du 13 au 19 juillet 2020, soit une évolution de 50 % par rapport à la semaine précédente ainsi répartis :

        ●  3406 tests PCR dans le Morbihan ;

  • 5954 tests PCR en Ille-et-Vilaine ;
  • 5930 tests PCR dans le Finistère ;
  • 3464 tests PCR dans les Côtes d’Armor.

Nous pouvons également noter que le taux régional de résultats positifs est de 1,5 %.

Il semblerait que ce soit de plus en plus difficile de se faire tester, avec des files d’attente de plus en plus longues. Confirmez-vous cela ?

AB : Oui, les laboratoires nous ont signalés depuis début juillet une très forte augmentation de leur activité. C’est aussi lié au message que nous faisons passer aux populations. La problématique aujourd’hui dans les laboratoires, c’est que cette augmentation de la fréquentation est associée aux départs en congés des personnels après un fort investissement. Nous avons travaillé avec eux la semaine dernière, afin de recenser tous leurs besoins et de les accompagner pour qu’ils puissent maintenir cette activité sur la période estivale. Si le besoin apparait, nous pourrons mobiliser les infirmiers libéraux, les pompiers, la réserve sanitaire… A ce stade nous n’avons pas d’inquiétude majeure.

La recherche de cas contacts, est-elle plus compliquée en cette période pour la CPAM ?

AB : Nous avons échangé avec l’assurance maladie pour pouvoir réarmer les plateformes de contact tracing. Pour l’instant aucun cluster ou situation complexe ne nous échappe. Le contact tracing est bien fait, les personnes sont isolées, elles sont suivies, appelées régulièrement, accompagnées si elles ont des besoins particuliers, etc. Aujourd’hui nous n’avons pas de situation hors contrôle.

Il y a plus de cas qu’avant mais peu d’hospitalisations, avez-vous une explication à cela ?

AB : On parle toujours d’une moyenne de 5% des cas de Covid qui peuvent être hospitalisés ou en réanimation. Ce chiffre-là ne s’applique pas aujourd’hui car les populations touchées sont des jeunes, des enfants, moins susceptibles de développer des formes graves. Contrairement au mois de mars, où les dépistages étaient ciblés sur les personnes âgées, les personnes qui avaient des pathologies à risque. Les cas confirmés étaient alors plus susceptibles d’être hospitalisés. Qu’elles soient testées ou non, les personnes suspectées de développer une forme grave seront hospitalisées. Il faut aussi prendre en compte le fait que les personnes âgées et les personnes vulnérables sont très précautionneuses de l’application des gestes barrière. La situation est complètement vue sous un angle différent par rapport au mois de mars.

Les nouveaux cas confirmés sont-ils suivis chez eux par des médecins ?

MK : Ils sont suivis par téléphone. Le contact tracing est maitrisé, on commence à avoir une bonne expérience et il est déployé dans toutes ses composantes, y compris si on devait avoir besoin d’isoler des personnes hors de chez elles. Chaque département a sécurisé des places d’isolement si les besoins s’en feraient sentir.

Il y a un débat sur une possible opacité des tests menés dans les abattoirs, dont les résultats ne sont pas communiqués. Que répondez-vous à cela ?

AB : Nous envisageons de publier un communiqué de presse sur le sujet. On a mené des campagnes de dépistage massives dans la totalité des abattoirs bretons. Sur les centaines de tests faits, nous remarquons seulement dix cas positifs, ce qui est une bonne nouvelle. Les mesures prises par les abattoirs ont payé. Nous laissons les directeurs des établissements communiquer de leur côté.

Quelles mesures prévoyez-vous si la situation venait à s’aggraver ?

MK : Aujourd’hui la situation appelle à la vigilance. Une batterie de mesures sont à la disposition du Préfet pour contenir la circulation du virus : restriction de la circulation…, comme c’est le cas depuis le début du déconfinement. Je ne prévois rien aujourd’hui de restrictif, mais je ne l’exclue pas non plus. Notre mission est de nous adapter en permanence et d’être prêts.

Allez-vous élargir la stratégie de dépistage en Bretagne et avez-vous un retour sur les 60 000 « Bons pour tests » envoyés dans les Côtes d’Armor ?

AB : Ces bons sont envoyés sous la forme de deux envois, dont le prochain est prévu le 23 juillet. Nous allons évaluer prochainement avec la CPAM et la MSA, le nombre de bons déjà honorés. En revanche, sans avoir ce chiffre, nous pouvons dire que l’opération a été un franc succès, aux vues de ce que nous ont relaté les laboratoires, pris d’assauts dès le premier envoi des bons. Nous avons également intégré une commune supplémentaire, Plérin, où l’envoi des bons sera fait mercredi. Cette opération a été lancée par le gouvernement, il faudra prendre le temps de l’évaluer et de connaître le taux d’adhésion des personnes à ce dispositif.

Ces bons ne devraient pas être envoyés dans les départements les plus touchés aujourd’hui comme le Finistère ?

AB : Oui, c’est une chose que nous avons fait remonter. Cette opération dans les Côtes d’Armor est là pour tester un dispositif d’adhésion, ce n’est pas pour répondre de manière urgente à un problème épidémiologique. C’est l’expérimentation de ces bons, dans un département choisi à l’époque par le national, car à ce moment-là nous avions des clusters dans les Côtes d’Armor.