Au cours des dernières années, plusieurs centaines de cas de grippe aviaire ont été déclarés dans le monde mais aucun en France.
Par ailleurs, aucun cas de transmission interhumaine n’a été observé dans le monde. Mais les mammifères, toujours plus exposés aux épizooties, voit le nombre d’espèces touchées en augmentation, jusqu’à la contamination de vaches laitières aux USA en 2024, avec contamination de 1ers cas humains par des mammifères infectés. Cette évolution augmente le risque d’adaptation du virus aux mammifères et fait craindre l’émergence d’un virus transmissible entre humains.
En outre, on note la circulation à bas bruit de virus porcin chez les porcs en élevage, virus plus facilement transmissible à l’homme que le virus aviaire. Or le porc joue un rôle majeur dans la production de nouveaux virus zoonotiques, grâce à sa capacité à recombiner génétiquement des souches d’origine humaine ou aviaire.
Au 22 octobre 2025, la France a relevé le niveau de risque animal IAHP a élevé, en raison :
- d’une épizootie majeure sur l’axe de migration nord‑est / sud‑ouest,
- de nombreux foyers en élevages commerciaux (100 foyers au 15 décembre dont un en Bretagne le 11/12/2025), et chez des oiseaux captifs non commerciaux (10 foyers)
- de contaminations chez des mammifères sauvages (renard, loutre)
On peut lire dans l’analyse de risque sanitaire pour l’IAHP du 10 novembre 2025 produite par Santé publique France, l’Anses et l’Institut Pasteur que :
- le risque pour la population générale reste faible, car aucune transmission interhumaine n’a été observée.
- le risque est faible à modéré pour les individus exposés professionnellement car les cas humains recensés dans le monde sont liés à des contacts étroits avec des animaux infectés ou des environnements contaminés.
Une région particulièrement exposée : la Bretagne
- Le littoral breton se situe sur les voies de migration des oiseaux sauvages
- La région est au 1er rang national pour la production de porcs, de volailles de chair et de veaux (56 % élevage porcin français et 1/3 de la volaille de chair).
Le 1er cas de grippe porcine en France survenu en septembre 2021 était breton.
Dans ce contexte, la région Bretagne a été une des régions pilote pour le protocole SAGA (Surveillance active de la grippe aviaire) désormais étendu à tout le territoire national. Ce protocole vise à détecter précocement tout cas humain de grippe aviaire, en proposant un dépistage gratuit aux personnes particulièrement exposées à un foyer d’IAHP.
Le protocole de recherche breton DEVIM (Détection de Virus Influenza sur les Mouchoirs) est une étude pilote étudiant la transmission de virus influenzae A à l’interface porc-homme, via la surveillance conjointe des virus influenzae A circulants chez les hommes et les porcs touchés par des épisodes grippaux ponctuels ou récurrents, et leur comparaison. Chez l’homme, la surveillance repose sur la collecte et l’analyse des mouchoirs usagés des éleveurs.
Né en 2024, le comité réunit une fois par an dans un format « One Health » l’ensemble des acteurs suivants : les autorités et agences sanitaires en santé humaine, les services de l’État en charge de la santé animale et de la faune sauvage, des experts de ces virus, ainsi que les organisations professionnelles agricoles et leurs structures techniques.
Les objectifs de ce comité sont :
- L’interconnaissance des acteurs et le partage de connaissances en région ;
- La promotion des mesures de prévention contre les virus influenzae aviaire et porcin auprès des personnes exposées, des professionnels de santé humaine et animale ;
- L’anticipation et la préparation interdisciplinaire à la gestion coordonnée suite à la détection d’un cas humain de grippe zoonotique.
Santé publique France a actualisé sa conduite à tenir le 16 octobre 2025 dernier.
Conduite à tenir
Retrouvez ci-dessous la conduite à tenir pour la prise en charge en premier recours, toute l’année, devant tout patient avec syndrome grippal ou une conjonctivite, avec une notion d’exposition à risque avec des animaux infectés par un virus zoonotique ou suspectés de l’être, ou avec un environnement contaminé :
1. Interroger le patient avec un syndrome grippal ou conjonctivite
- Contact avec oiseaux sauvages, élevages, animaux malades ?
- Activité professionnelle ou de loisirs exposante ?
- Autres malades dans l’entourage également ?
2. Si une exposition à risque est retrouvé dans les 10 jours précédant les symptômes
- Contacter l’infectiologue de référence du CHU de Rennes en cas de signes graves.
- Prescrire un prélèvement nasopharyngé même si tableau bénin et même si tableau de conjonctivite seule.
- Préciser sur l’ordonnance la suspicion de grippe zoonotique
- Joindre la fiche de renseignement préremplie pour le laboratoire.
- Rappeler les mesures de protection au patient dans l’attente des résultats.
Vous pouvez leur transmettre le flyer « les bons réflexes face aux grippes aviaire et porcine » de Santé publique France pour comprendre les virus, leur transmission, les moyens de prévention, et la conduite en cas de symptômes.
3. Si le résultat est une grippe A avec sous-typage H1H3 négatif ou non conclusif :
Faites un signalement à l’ARS sans délai au Point Focal régional par mail sur ars35-alerte@ars.sante.fr ET par téléphone au 09 74 50 00 09.
Mesures individuelles
- Pour les voyageurs : éviter les marchés d'animaux vivants, les fermes, les abattoirs et les environnements suspects de contamination, et adopter strictement les mesures d'hygiène (consommation de viande bien cuite).
- Pour le grand public : ne jamais ramasser un oiseau mort, même les oiseaux marins.
Mesures collectives
Chez l’homme
- En anticipation, la vaccination contre la grippe saisonnière est recommandée depuis 2022 pour les professionnels exposés aux virus influenza aviaires et porcins. Elle réduit le risque de transmission du virus humain de la grippe saisonnière aux animaux - porcs en particulier – et le risque d’émergence de virus recombinants, potentiellement mieux adaptés à l’être humain.
- Suivant l’affiliation, les personnes reçoivent un bon MSA ou Assurance maladie. Si aucun bon n’est reçu, le pharmacien pourra en éditer si la personne fait bien partie de la cible (cf mémo de l’Assurance maladie).
- Les mesures de protection pour les personnes exposées à des animaux suspectés ou confirmés d’infection à un virus porcin ou aviaire, leur environnement, ou leurs prélèvements.
- En cas de situation prépandémique au virus H5N1, l’avis du 8 avril 2025 de la HAS prévoit la vaccination par le vaccin « Zoonotic Influenza Vaccine » du laboratoire Seqirus accompagnée d’une surveillance active chez les personnes exposées professionnellement.
Chez l’animal
- La vaccination des canards contre la grippe aviaire depuis 2023 dans les exploitations de plus de 250 canards.
- La surveillance de l’état de santé des animaux, l’appel au vétérinaire sanitaire, et les mesures de biosécurité en élevage comme sur les propriétaires privées.
Partie 1 : Contexte épidémiologique des virus influenzae d'origine zoonotique et risque sanitaire, avec focus sur la Bretagne
Béatrice Grasland – Responsable de l'unité virologie immunologie parasitologie aviaire et cunicole et responsable du LNR influenzae aviaire, Anses
Gaëlle Simon –Responsable de l’unité de virologie porcine et responsable du LNR influenzae porcin, Anses
Djérène Maso – Cheffe du Service régional de l’alimentation à la DRAAF
Partie 2 : Repérage et conduite à tenir devant un cas possible de grippe zoonotique
Mathilde PIVETTE, CR Santé publique France
Carole DAGORNE, médecin de santé publique, Direction adjointe veille et sécurité sanitaire, ARS Bretagne
Partie 3 : Vaccination chez les professionnels exposés aux virus influenzae aviaires et porcins
Carole DAGORNE, médecin de santé publique, Direction adjointe veille et sécurité sanitaire, ARS Bretagne




